De la prétendue exclusion laïque à la laïcité dévoyée de l’extrême droite, un langage de sourds entre le PQ et QS

Depuis plusieurs heures, le Parti québécois s’attelle à dénoncer la comparaison d’avec le Front national que le co-porte-parole de Québec solidaire, M. Andrés Fontecilla, aurait fait de celui-ci. Puisque le PQ ne prend pas la peine de citer l’extrait incriminé, pas plus que les militants qui relaient le communiqué de presse, le voici :

« J’aimerais seulement faire remarquer que la France est loin d’être un exemple d’intégration. Les problèmes entre les communautés sont exacerbés par ces législations-là et je voudrais faire remarquer à M. Drainville que le thème de la laïcité a été approprié par la droite française et même l’extrême droite, M. Sarkozy et Mme Marine Le Pen. »

La fausse laïcité du vrai racisme : le nouvel argumentaire de l’extrême droite française

Déduire de ces deux phrases un rapprochement du PQ et du FN, cela semble bien excessif. Toutefois, force est de constater que M. Andrés Fontecilla a partiellement raison quant à la deuxième partie de son raisonnement. N’en déplaise aux républicains français de tous bords (car la république laïque est autant de droite que de gauche), l’extrême droite aurait réussi à se faire passer pour la championne de la laïcité aux yeux des médias; mais les gesticulations de Mme Le Pen ne trompent personne. Sa croisade n’est que le nouvel avatar de cette obsession à l’égard de la différence qui confine à la maladie mentale : hier, la haine des juifs, des francs-maçons ou des socialistes, aujourd’hui, des Roms, des immigrés d’origine maghrébine, de l’Islam… et probablement encore un peu des autres.

Or, la relative paranoïa qui se développe à l’égard d’un quelconque complot musulman au Québec comporte parfois des parallèles avec l’instrumentalisation extrême droitière faite en France de ce qu’elle nomme laïcité. Et puis, sans même revenir aux discussions récentes sur la Charte des valeurs, souvenons-nous du débat sur la viande halal en mars 2012 engagé par le PQ. Comment ne pas comprendre que certains aient pu alors imaginer que le Parti québécois ait osé une récupération, même maladroite, de ce même débat lancé avec tambours et fracas par Mme Le Pen, moins d’un mois avant, qui expliquait vouloir « montrer aux Français qu’ils sont méprisés dans leur propre pays »? C’est peut-être injuste ou réducteur, mais quelques ambiguïtés comme le cas récent du candidat péquiste résigné Jean Carrière n’ont pas aidé à clarifier les choses.

Ceci étant, entre les détestables excès de quelques-uns et la ligne gouvernementale, il y a un gouffre tel qu’il nous semble encore loin d’être surmontable.

Une laïcité source de cohésion plutôt que d’exclusion

Ceci étant dit, à nos yeux, le lien que dresse M. Andrés Fontecilla entre lois sur la laïcité et intégration nous semble plutôt hasardeux et témoigne d’un manque de compréhension de la réalité outre-Atlantique. Le problème dit d’intégration est avant tout d’origine économique, c’est cela qui est à la source du délitement du lien social.

Avec la disparition de la socialisation par l’écosystème du travail (usines, syndicats, partis, fédérations sportives laïques, etc.) qui rayonnait jusque dans le quotidien des citoyens et contribuait au raffermissement des liens et palliait parfois les services publics insuffisants, les effets de la crise actuelle n’en sont que décuplés. Et on retrouve de nouveau notre Mme Le Pen, toujours prête à rejeter la faute sur les autres, expliquer une fois encore que les immigrés sont la cause de tous les maux. Bref, voir dans les problèmes des « banlieues » françaises un problème lié à un héritage laïque séculaire et dont les racines remontent bien avant 1905, c’est certainement caricatural et ne contribue pas à favoriser un débat intelligible. Non parfois sans accrocs, depuis Nicolas de Condorcet, la conception française de la laïcité s’inscrit dans la tradition exigeante et universaliste de l’égalité entre les citoyens, aux antipodes de la détestation de l’autre.

Il est toujours désolant, surtout en période électorale, de voir des leaders brillants se fourvoyer dans quelques raccourcis et sophismes pour céder au risqué « sens de la formule ». Tandis que l’on souhaitera que le Parti québécois évite de jouer maladroitement avec le feu et voit des enflures verbales où il n’y en a pas, on saura gré à Andrés Fontecilla d’éviter de jouer de raisonnements à l’emporte-pièce.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *