Quand Charlie pointe la lune…


Texte publié dans l’édition du 18 janvier 2016 du quotidien Le Devoir

Charlie et Aylan 2
Riss, dans le Charlie Hebdo du 13 janvier

« Que serait devenu le petit Aylan s’il avait grandi ? Tripopteur de fesses en Allemagne » : le dessin de Riss au sujet de ce pauvre enfant mort sur une plage de Turquie l’an dernier, dans le Charlie Hebdo de cette semaine, suscite une nouvelle vague de polémique. Que l’on y voie une forme douteuse d’humour, c’est indéniable. Que l’on prête au dessinateur des intentions raciste ou sexiste, c’est stupide.

Est-ce le produit d’un degré de rectitude plus élevé qu’autrefois ou d’un effroyable affaissement du niveau d’éducation aux médias, mais, lorsqu’on lit ces critiques, c’en est désespérant. Désespérant de voir à quel point on semble tout mélanger, sans distinction, sans nuance, sans recul. Et désespérant de voir à quel point on cède à l’émotivité épidermique dont se repaissent d’habitude des commentateurs-idéologues afin d’exploiter sans vergogne les drames humains de l’immigration.

Riss et, par la même, Charlie Hebdo dénoncent la bêtise du discours simpliste et populiste arboré par quelques médias qui n’hésitent pas à réduire le statut de réfugié à celui de potentiel violeur, brigand ou terroriste. Et pourtant, une fois de plus, Riss et Charlie passent d’accusateurs à accusés aux yeux de certains. On ne connaît que trop l’adage, « quand le sage pointe la lune… », mais que ne peut-on faire pour que l’on se tourne enfin vers la lune ?

Laisser un commentaire