{"id":31096,"date":"2014-06-10T14:30:51","date_gmt":"2014-06-10T19:30:51","guid":{"rendered":"http:\/\/le-republicain-quebecois.net\/?p=31096"},"modified":"2015-06-11T03:07:33","modified_gmt":"2015-06-11T08:07:33","slug":"a-celui-qui-na-rien-la-patrie-est-son-seul-bien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.michelot.info\/blogue\/2014\/06\/10\/a-celui-qui-na-rien-la-patrie-est-son-seul-bien\/","title":{"rendered":"\u00ab \u00c0 celui qui n\u2019a rien, la patrie est son seul bien \u00bb"},"content":{"rendered":"<blockquote style=\"text-align: center;\"><p><a href=\"http:\/\/www.ledevoir.com\/societe\/ethique-et-religion\/410669\/a-celui-qui-n-a-rien-la-patrie-est-son-seul-bien\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Le Devoir\" src=\"http:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/fr\/thumb\/d\/d1\/Logo_Le_Devoir.svg\/230px-Logo_Le_Devoir.svg.png\" alt=\"\" width=\"138\" height=\"29\" \/><\/a><\/p>\n<p>Texte\u00a0publi\u00e9 dans sa\u00a0version l\u00e9g\u00e8rement raccourcie dans l\u2019<a href=\"http:\/\/www.ledevoir.com\/societe\/ethique-et-religion\/410669\/a-celui-qui-n-a-rien-la-patrie-est-son-seul-bien\" target=\"_blank\">\u00e9dition du 12 juin\u00a02014 du quotidien Le Devoir<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>Jean Jaur\u00e8s, homme de son si\u00e8cle, au confluent de traditions sociales et politiques antagonistes, incarne on ne peut mieux la dialectique de ce que l\u2019on th\u00e9orisera et exp\u00e9rimentera ensuite sous le vocable de socialisme d\u00e9mocratique. Penseur autant qu\u2019acteur, le \u00ab Grand Jaur\u00e8s \u00bb, a \u00e9t\u00e9 de ces quelques rares qui ont proc\u00e9d\u00e9 d\u2019une certaine fa\u00e7on \u00e0 la r\u00e9union de la r\u00e9flexion et de l\u2019action et payant ainsi de leur vie le poids de leur engagement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 et total.<\/p>\n<div style=\"width: 222px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/media1.ledevoir.com\/images_galerie\/d_205077_146808\/image.jpg?resize=222%2C290\" alt=\"\" width=\"222\" height=\"290\" \/><p class=\"wp-caption-text\">Illustration : Tiffet, Le Devoir<\/p><\/div>\n<p>Aussi, il n\u2019est pas inopportun, nous croyons, de reconvoquer bri\u00e8vement la dualit\u00e9 de l\u2019esprit jauressien. Une lecture par trop lin\u00e9aire ou segment\u00e9e de son \u0153uvre emp\u00eache \u00e0 cet effet d\u2019en comprendre parfois la force de synth\u00e8se. Ceci \u00e9tant pos\u00e9, il est alors d\u2019autant plus utile de relire son travail \u00e0 l\u2019aune de sa perception de l\u2019humain, individu social au sein d\u2019un groupe, singuli\u00e8rement au prisme de notre contexte national incertain. L\u2019Humanit\u00e9, c\u2019est d\u2019ailleurs le nom du quotidien dont il a \u00e9t\u00e9 le fondateur, avant d\u2019en devenir directeur, puis d\u2019\u00eatre assassin\u00e9 \u00e0 quelques encablures de ses bureaux o\u00f9 il mettait les derni\u00e8res mains \u00e0 un ultime appel \u00e0 une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale europ\u00e9enne afin de contrer la lente marche vers la guerre qui sera finalement d\u00e9clench\u00e9e trois jours apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p>Ce dernier exemple atteste de l\u2019articulation de la pens\u00e9e de Jaur\u00e8s \u00e0 une tradition socialiste historique dans laquelle le prol\u00e9tariat doit b\u00e2tir sa force par l\u2019union transnationale, face \u00e0 un capital \u00e0 l\u2019\u00e9poque beaucoup moins internationalis\u00e9 qu\u2019aujourd\u2019hui. Le postulat marxisant de cette tradition pr\u00e9valait donc : \u00ab <em>On accuse les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalit\u00e9; les ouvriers n\u2019ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu\u2019ils n\u2019ont pas<\/em> \u00bb, \u00e9crivaient Marx et Engels. De l\u00e0 d\u00e9coulait logiquement le discours sur la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre possession de la superstructure \u00e9tatique et ainsi la m\u00e9canique r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Toutefois, Jaur\u00e8s n\u2019\u00e9tant pas un penseur-hors-sol, il inscrit son discours et sa d\u00e9marche dans une r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 fort diff\u00e9rente de celle que Marx entrevoyait \u00e0 peine dans la Commune de Paris et tout aussi \u00e9loign\u00e9e des h\u00e9sitations de ses pr\u00e9curseurs fran\u00e7ais Saint-Just et Blanqui sur le rapport des \u00ab malheureux \u00bb \u00e0 la patrie. En effet, la France de 1885 \u00e0 1914 (ses ann\u00e9es de politique active) conna\u00eet sa r\u00e9volution industrielle. \u00c9cole gratuite et obligatoire, s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat, libert\u00e9 d\u2019association, libert\u00e9 de presse, etc. : la R\u00e9publique d\u00e9ploie peu \u00e0 peu ses valeurs dans le cadre d\u2019institutions d\u00e9mocratiques auxquelles participent tous les citoyens de sexe masculin. En pratique, on constate que l\u2019id\u00e9al r\u00e9publicain s\u2019impose progressivement comme la forme de gouvernement l\u00e9gitime. Est-ce \u00e0 dire que la superstructure marxienne est acquise au prol\u00e9tariat? Certainement pas, mais Jean Jaur\u00e8s, farouchement pacifiste, est l\u00e9galiste et fait le pari des institutions d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p>Jaur\u00e8s, le d\u00e9mocrate, n\u2019en est pas moins r\u00e9volutionnaire quant \u00e0 la critique radicale de son temps. Sa critique du capitalisme sauvage d\u2019alors est virulente. En 1895, devant la Chambre des D\u00e9put\u00e9s, il conspue cette \u00ab<em> soci\u00e9t\u00e9 violente et chaotique, m\u00eame quand elle veut la paix, m\u00eame quand est \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019apparent repos<\/em>, [car elle] <em>porte en elle la guerre, comme une nu\u00e9e dormante porte l\u2019orage.<\/em> \u00bb Inversement, pour annihiler cette inexorable \u00ab lutte universelle pour la vie \u2014 qui aboutit \u00e0 la lutte universelle sur les champs de bataille \u2014 [il faut] un r\u00e9gime de concorde sociale et d\u2019unit\u00e9. \u00bb L\u2019expression de cet id\u00e9al fraternel, Jaur\u00e8s, aussi ardent r\u00e9publicain qu\u2019aux premi\u00e8res heures de son engagement politique, le traduit dans le pacte national. En 1911, il publie L\u2019Arm\u00e9e nouvelle, une somme r\u00e9flexive prodigieuse sur la place du militaire, mais aussi de la coh\u00e9sion nationale. Le \u00ab <em>patriotisme, y \u00e9crit-il, n\u2019est pas une id\u00e9e \u00e9puis\u00e9e <\/em>[car]<em> elle se transforme et s\u2019agrandi<\/em>t \u00bb. Quelque peu rousseauiste, il rappelle l\u00e0 l\u2019importance de \u00ab la libre f\u00e9d\u00e9ration des nations autonomes \u00bb et la \u00ab soumission \u00e0 des r\u00e8gles de droit \u00bb comme ferment \u00e0 la d\u00e9mocratie sociale. C\u2019est donc la rupture avec la transgression du socialisme r\u00e9volutionnaire qui est consomm\u00e9e; dans la continuit\u00e9 d\u2019un Proudhon qui d\u00e9clarait en 1948 que \u00ab<em> la r\u00e9publique est une anarchie positive<\/em> \u00bb, il se veut le gardien du progr\u00e8s dans la concorde nationale traduite par le libre consentement du peuple \u00e0 la Loi.<\/p>\n<p>Comme le r\u00e9v\u00e8lera son biographe Max Gallo, il profite d\u2019ailleurs de cet ouvrage pour attaquer ceux de ces socialistes qui, comme Gustave Herv\u00e9, voient peu de diff\u00e9rence \u00e0 vivre \u00ab <em>sous le soudard<\/em> \u00bb allemand ou fran\u00e7ais; ironie de l\u2019Histoire, c\u2019est ce m\u00eame Herv\u00e9 \u00ab postnational \u00bb qui finira sa vie dans le fascisme en proposant, d\u00e8s 1935, l\u2019accession de P\u00e9tain \u00e0 la t\u00eate d\u2019un \u00c9tat autoritaire. Bref, si la nation est donc utile, notamment en tant que r\u00e9ceptacle du jeu d\u00e9mocratique, elle n\u2019est pas un horizon ind\u00e9passable, puisque des solidarit\u00e9s internationales doivent \u00e9merger entre les peuples. C\u2019est une des matrices de son ouvrage qui est r\u00e9sum\u00e9e dans cet extrait devenu c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab <em>Un peu d&rsquo;internationalisme \u00e9loigne de la patrie; beaucoup d&rsquo;internationalisme y ram\u00e8ne.<\/em> [\u00c0 l\u2019inverse]<em> un peu de patriotisme \u00e9loigne de l&rsquo;Internationale; beaucoup de patriotisme y ram\u00e8ne.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>En bref, Jaur\u00e8s ne se r\u00e9sout pas \u00e0 dissocier l\u2019id\u00e9al collectif construit dans le cadre de la repr\u00e9sentation nationale de la Patrie, elle-m\u00eame porteuse de valeurs. Car la solidarit\u00e9 est un bien culturel qui \u00e9mane avant tout de la Nation. \u00ab <em>Toute atteinte \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des patries est une atteinte \u00e0 la civilisation<\/em> \u00bb, rappelle-t-il. Depuis de tr\u00e8s nombreuses ann\u00e9es, on glose sur le caract\u00e8re apocryphe ou non la formule utilis\u00e9e en guise de titre \u00e0 ce texte. Qu\u2019importe, il ne fait aucun doute que les peuples souverains portugais ou grecs trouveraient \u00e9cho dans cette formule \u00e0 voir comme la \u00ab Tro\u00efka \u00bb BCE-FMI-Commission europ\u00e9enne a depuis d\u00e9membr\u00e9 leurs services publics.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte\u00a0publi\u00e9 dans sa\u00a0version l\u00e9g\u00e8rement raccourcie dans l\u2019\u00e9dition du 12 juin\u00a02014 du quotidien Le Devoir Jean Jaur\u00e8s, homme de son si\u00e8cle, au confluent de traditions sociales et politiques antagonistes, incarne on ne peut mieux la dialectique de ce que l\u2019on th\u00e9orisera et exp\u00e9rimentera ensuite sous le vocable de socialisme d\u00e9mocratique. 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