Une élection sans climat, ou l’urgence d’agir face à l’indifférence politique

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Texte publié dans Le Devoir du 9 janvier 2025

La démission de Justin Trudeau comme premier ministre et chef du Parti libéral du Canada a suscité les inévitables réactions de la part des chefs d’opposition à Ottawa. Pourtant, à l’exception notable d’Yves-François Blanchet, aucun n’a abordé la question climatique.

Le chef du Bloc québécois a critiqué avec raison l’inaction du gouvernement libéral en matière de lutte contre les changements climatiques, car le bilan de M. Trudeau sur la question est largement de l’ordre du symbolique : qu’il semble loin, le temps où ce dernier, fraîchement élu, était reçu comme une star du rock lors de la COP21, à Paris ! Alors, certes, comme le soulignait Alexandre Shields dans ces pages il y a quelques jours, le Québec est très loin d’être irréprochable en matière de lutte contre les changements climatiques. Toutefois, il est difficile de ne pas relativiser ses lacunes lorsqu’on les compare aux insuffisances du gouvernement fédéral.

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Ni pleurer, ni rire, mais comprendre

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Au lendemain de nouveaux actes de terrorisme, le monde entier semble de nouveau redécouvrir l’horreur du terrorisme. Et, sidérés, motivés par une incompréhension sans cesse renouvelée, on convoque une fois de plus l’aliénation des auteurs de ses gestes. À l’instar du Pape François 1er dénonçant « la folie meurtrière du terrorisme », certains quotidiens parlent du « forcené » assassin d’Ankara et Le Devoir détaille la « course folle » d’un camion dans les rues de Berlin.

Sauf qu’en appeler à la maladie mentale, c’est faire l’impasse sur la grande cohérence qui ressort, la plupart du temps, des discours et des comportements des auteurs de ces atrocités. Cela, le sociologue des médias l’a abondamment étayé (La pensée extrême, 2009), car, selon lui, ces individus, « loin d’être des monstres d’irrationalité, apparaîtront […] extrêmement logiques ». De la même façon que l’image du déclassement social et économique des terroristes est factuellement erronée, la représentation du terroriste fanatisé et ayant perdu toute cohérence mentale ou discursive est inexacte. Et, si les Brigades rouges d’hier étaient souvent composées de jeunes intellectuels issus de classes moyennes supérieures, il n’est pas rare de trouver de brillants diplômés dans la fleur de l’âge, réfléchis, intégrés et sains, chez les terroristes islamistes d’aujourd’hui.

Portrait de 1665 tiré de la Herzog August Bibliothek.

Il apparaît donc que nous ne pourrons durablement appréhender les comportements extrémistes sans prendre la pleine mesure de la terrible logique qui en est sous-jacente. Par conséquent, il devient impératif de ne plus rejeter la terreur mortifère dans la folie pour, au contraire, analyser et disséquer. Ainsi, il nous appartient, collectivement, de faire l’effort de chercher à comprendre ce qui motive les individus qui commettent ces atrocités, fut-ce incompréhensible au premier abord. Pour paraphraser Spinoza, il ne s’agit là ni de pleurer, ni de rire, mais de comprendre. Comprendre, non pour excuser, mais comprendre afin d’affronter des discours dont on ne saurait plus longtemps mésestimer la consistance de leur rationalité. De leur effroyable rationalité.