Jean Charest souhaite-t-il une élection sans débat?

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Non content d’imposer une élection provinciale à 83 M$ que nul ne souhaite, le Premier ministre québécois Jean Charest continue de manifester sa désapprobation à l’égard du format que prendra le débat télévisuel des chefs. Pourtant, les équipes adéquistes et péquistes ont d’ores et déjà accepté de se conformer à la proposition formulée par le consortium télévisuel.

Le PLQ est le seul parti à s’opposer à un débat de type « table ronde », tel qu’employé récemment dans le cadre de l’élection fédérale canadienne.

La Presse canadienne précise que des gens de l’entourage du chef libéral Jean Charest ont indiqué que la contre-proposition du PLQ a été présentée mardi en fin d’après-midi et que des représentants du consortium des télédiffuseurs se réuniront à 20 h, mardi soir, afin de l’étudier.

Le PLQ ne fermerait pas la porte au format fédéral, mais tiendrait à ce qu’il puisse y avoir des échanges directs « un contre un » entre les chefs. Du côté des diffuseurs, le porte-parole Denis Pellerin a indiqué que les membres du consortium tiennent à un renouvellement de la formule du débat. Or, on a pu constater que cette nouvelle formule a séduit les téléspectateurs le mois dernier, les télévisions enregistrant des records d’audience pour un tel débat. En tout état de cause, le débat 2008 semble clairement menacé.

M. Charest a déclenché ces élections en prétextant qu’il ne lui était plus possible de conduire une politique lorsque, pour reprendre ses mots, trois paires de mains sont sur le volant et qu’elles ne souhaitent pas aller dans la même direction. Croit-il qu’en ces temps d’incertitude économique il soit de bon ton de lâcher les commandes pour partir en campagne? De surcroît, alors que les deux partis d’opposition avaient formulé officiellement le souhait de ne pas renverser le Gouvernement, le chef libéral s’est entêté dans son arrogante démarche d’élection plébiscitaire. Comment peut-il aujourd’hui se permettre de ne pas assumer les obligations que celles-ci lui imposent, à commencer par débattre de ses projets en toute transparence?

Simple couardise politique ou véritable mépris démocratique? Quitte à souhaiter une élection sans débats, autant demander à être nommé Premier ministre sans prendre la peine de demander avis aux électeurs…

Mario l’imposteur et Jean la girouette

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Depuis plusieurs jours, Mario Dumont, chef de l’opposition officielle à Québec, dénonce la posture très critique du premier ministre Charest à l’égard du Gouvernement de Stephen Harper. En ce sens, il considère que ce positionnement pourrait conduire à favoriser un vote proBloc et ainsi limiter la possibilité de voir le Québec représenté au sein du probable futur cabinet conservateur.

C’est donc sous couvert d’une arithmétique de fossoyeur que Mario Dumont justifie son positionnement politique et idéologique réactionnaire.

Premièrement, avec les expériences pitoyables de Mme Verner et MM. Blackburn, Bernier et Fortier, qui peut encore raisonnablement croire en l’intérêt d’avoir des Ministres québécois paillassons à Ottawa?

De plus, si on regarde avec un minimum d’objectivité le programme de l’Action démocratique du Québec de M. Dumont (qui, quoique souvent variable, reste solidement ancré lui aussi dans un ensemble de valeurs majoritairement conservatrices), il est évident que ce soutien à peine voilé au PCC est surtout naturel avant d’être tactique.

Il est donc normal qu’un grand nombre des troupes de l’ADQ soit engagé actuellement dans la campagne de Stephen Harper. Valeurs familiales passéistes, pseudo-souverainisme mou, discours économiques antisociaux, dureté sécuritariste, etc., sont autant de points de convergence entre le PCC et l’ADQ.

Enfin, si M. Dumont était réellement sincère dans ses projets autonomistes présentés aux citoyens ces dernières années, pourquoi persiste-t-il dans ces critiques à l’égard de Jean Charest et de ses revendications? N’oublions pas que ces dernières font l’objet d’un véritable consensus (elles sont d’ailleurs appuyées et relayées par le Bloc Québécois)… Comment le chef de l’ADQ peut-il encore prétendre défendre le Québec sans reconnaître leur pertinence?

Quant à la posture de Jean Charest, voici un premier ministre québécois qui fait honneur à la citation de l’ancien président français Jacques Chirac : « les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent »

Entre ses projets d’ancien chef des progressistes-conservateurs sur la scène fédérale et ses revendications d’actuel premier ministre provincial, il existe un écart aussi épais qu’une veste que l’on aurait retourné. Ses velléités centralisatrices d’autrefois se heurtent clairement à ses prétentions d’aujourd’hui, qu’il s’agisse de son attachement au nouveau au souverainisme culturel ou sa volonté d’asseoir l’aménagement du territoire sur des structures de développement régional.
Cela étant dit, il ne faut pas se méprendre sur ses intentions réelles. Il ne s’agit pas d’un revirement idéologique majeur chez Jean Charest, mais bien d’un positionnement stratégique qui répond à des enjeux conjoncturels. Avec une ADQ qui se décrédibilise toute seule et un PQ qui a du mal à se positionner favorablement en prévision d’une élection provinciale de plus en plus inévitable, les libéraux québécois ont tout intérêt à tirer la couverture nationaliste pour tenter de se placer en tant que force de rassemblement au-delà des clivages.

Cynique? Peut-être. Payant, sûrement.