La diffusion d’une entrevue exclusive accordée par le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, au média Rebel News, couplée à sa présence remarquée sur le balado d’Olivier Primeau, marque un tournant singulier dans la stratégie de communication du « vaisseau amiral » du mouvement souverainiste. Si la volonté de « parler à tout le monde » peut sembler procéder d’une louable ouverture démocratique, l’analyse de ces gestes révèle une méprise quant à la nature de l’espace public numérique actuel. En s’asseyant à la table d’une plateforme de militantisme de droite radicale comme Rebel News, le chef péquiste commet une triple faute qui mérite d’être déconstruite avec lucidité.
La faute politique : l’onction de la radicalité
Sur l’échiquier politique, cette décision constitue un manque de discernement. PSPP a consacré une part substantielle de son énergie à dénoncer des « dérives wokes », y voyant une menace pour la cohésion nationale. Or, en accordant de la crédibilité à Rebel News, il offre en contrepartie une onction politique à une droite radicale et populiste dont les méthodes sont précisément le miroir inversé de ce qu’il entend fustiger. On ne peut aisément réprouver l’activisme idéologique d’un côté tout en légitimant, par sa seule présence, une officine qui a fait du ressentiment et de la polarisation son modèle d’affaires.
Ce choix de médium interroge, tout comme celui de s’afficher avec Olivier Primeau. Bien que le cas de l’entrepreneur soit moins problématique sur le plan idéologique que Rebel News, il n’en demeure pas moins un choix hasardeux : s’allier à un individu dont les démêlés fiscaux passés et le style de vie affichent peu de sympathie pour le modèle social québécois fragilise la cohérence du message péquiste.
Rebel News n’est pas qu’un simple média de droite traditionnelle ; c’est une plateforme dont les liens avec la mouvance identitaire et des figures comme Tommy Robinson sont documentés. En affirmant que « qu’un média soit de droite ou de gauche, s’il y a de l’honnêteté intellectuelle, je vais répondre », PSPP opère une équivalence fallacieuse. Il valide un canal qui promeut une vision du monde hostile au pluralisme que le mouvement indépendantiste a longtemps cherché à incarner.
La faute intellectuelle : l’illusion de la neutralité
L’erreur de PSPP réside en outre dans une compréhension fragmentaire de l’écosystème informationnel. Comme l’a rappelé le Conseil de presse du Québec, Rebel News ne peut être assimilée à une entreprise de presse respectant les normes de rigueur. Se porter garant de l’honnêteté intellectuelle d’un interlocuteur simplement parce qu’il rapporterait fidèlement des propos est un sophisme risqué.
Rappelons que Rebel News a contribué à la diffusion de contenus erronés sur la COVID-19 et, à la suite de l’attentat contre la Grande Mosquée de Québec, a relayé des hypothèses infondées sur un second tueur. Le média est également associé à la diffusion de récits controversés sur le changement climatique et l’immigration. En bref, c’est un vecteur de malinformation et de désinformation. En acceptant de débattre dans un cadre où les « prières de rue » sont présentées comme une invasion, PSPP ne fait pas que répondre à des questions. Il alimente une machine à indignations dont la logique est de choisir les faits et de fabriquer l’urgence. Un chef de parti qui prétend à la rigueur devrait reconnaître ce mécanisme. Si les médias traditionnels ne sont pas exempts de critiques, cela ne justifie pas qu’on alimente en réponse des sources d’infox.
La faute morale : l’éparpillement de la libération
Enfin, la faute est morale. Elle touche à l’essence même du projet national. Le nationalisme québécois est un projet de libération humaine individuelle et collective. Or, en flirtant avec des réseaux qui cultivent la méfiance envers les minorités, on s’éloigne de l’idéal de solidarité qui devrait porter une Nation.
Il y a cinquante ans, Pierre Vallières mettait en garde contre ces nationalistes qui font la sourde oreille aux revendications nouvelles pour se contenter d’un État rêvé de manière chauvine. Le choix de communication de M. St-Pierre Plamondon semble illustrer cette dérive : on éparpille notre liberté dans un discours qui semble parfois courir après l’approbation de la droite populiste plutôt que la cohésion de notre peuple dans toute sa diversité. L’indépendance du Québec ne se bâtira pas sur l’abandon de l’esprit critique. Pour celui qui souhaite l’étoffe de premier ministre et de bâtisseur de pays, la recherche de visibilité ne peut se faire au détriment de la responsabilité.






